
Chaplin composait lui-même la musique de ses films. Le temps d'une soirée, ses notes quittent la bande-son pour retrouver un orchestre vivant, à quelques kilomètres de la maison où il les a écrites.
Les Temps modernes est le dernier film où apparaît Charlot. Chaplin y filme un ouvrier avalé par la chaîne de montage, et transforme la satire sociale en ballet mécanique. Tourné en pleine Grande Dépression, le film sort en 1936 alors que le parlant s'est imposé partout : Chaplin s'obstine, garde le mime, et n'accorde à son personnage qu'une seule chanson, dans une langue inventée. C'est la dernière fois que le public entendra Charlot, et la première fois qu'il entendra sa voix.

La partition originale, écrite par Chaplin avec l'aide d'Alfred Newman, est restituée dans son orchestration de 1936. Les musiciens jouent à vue, synchronisés à l'image, sans filet. Un exercice d'équilibriste qui rend au film sa respiration d'origine : les silences reviennent, les accélérations aussi, et l'on redécouvre à quel point Chaplin pensait le rythme de ses gags en musicien avant de les penser en cinéaste.
