Avant Charlot, il y avait Charlie.


Charles Spencer Chaplin naît à Londres le 16 avril 1889. Ses parents, Charles et Hannah, sont tous deux artistes de music-hall. Ils se séparent alors que Charlie est encore très jeune.
Hannah élève seule Charlie et son demi-frère aîné Sydney, passant d’un logement à l’autre. En 1895, après une grave crise de santé mentale, Hannah est admise dans un établissement, le premier d’une série de placements en institution. Les deux garçons sont eux aussi envoyés dans des institutions, notamment à Hanwell Schools, un établissement destiné aux enfants pauvres. En 1901, à la mort de leur père, Sydney a 16 ans et Charlie 12 ans.
À cette époque, Charlie se produit déjà sur scène depuis quelques années.



À l’âge de neuf ans, Charlie rejoint les Eight Lancashire Lads, une troupe de jeunes danseurs de claquettes. Il parcourt avec eux les music-halls d’Angleterre et apprend l’importance du rythme avec autant de naturel que d’autres enfants apprennent à lire.
Il interprète Billy, le jeune valet, dans des productions théâtrales de Sherlock Holmes, en tournée en Grande-Bretagne et à Londres. Il rejoint également la troupe Casey’s Circus, où il développe son talent pour le burlesque, le comique visuel et l’imitation. En 1908, il intègre la Fred Karno Company, du nom de l’une des grandes figures du music-hall britannique, et devient rapidement l’un de ses interprètes principaux.
C’est là qu’il apprend toute la précision qui se cache derrière le burlesque. Une chute n’est jamais simplement une chute : derrière chaque “gag” en apparence sans effort se trouve un sens du timing minutieusement maîtrisé.



Lors de sa deuxième tournée aux États-Unis avec la troupe Karno, Chaplin est repéré par des représentants de la Keystone Film Company et se voit proposer un contrat par la société dirigée par Mack Sennett.
En janvier 1914, le célèbre costume de Charlot est assemblé pour le deuxième film de Chaplin chez Keystone. Il choisit des chaussures de plusieurs pointures trop grandes, un pantalon trop large, une veste trop étroite, un chapeau melon et une canne. Il ajoute une moustache suffisamment petite pour laisser ses expressions visibles.
Le personnage apparaît à l’écran dans Charlot est content de lui. Cette silhouette, connue en anglais sous le nom de The Tramp et en français sous celui de Charlot, devient rapidement reconnaissable bien au-delà de Hollywood.
Chaplin réalise des dizaines de films au cours de sa première année chez Keystone.
Un personnage est né, mais aussi un nouveau langage cinématographique.
À une époque où la comédie à l’écran repose largement sur un burlesque très démonstratif, le génie de Chaplin réside dans la pantomime : dans la subtilité expressive du mouvement et du geste, qui donne au personnage son extraordinaire profondeur.

Poursuivant son rêve d’indépendance, Chaplin quitte Keystone pour les studios Essanay en 1915, puis rejoint la Mutual Film Corporation en 1916. En 1918, il signe un accord de distribution avec First National Pictures. À chaque étape, il gagne davantage de contrôle et de liberté sur son travail, ainsi que plus de temps entre chaque film.
Dans le vagabond, en 1915, le personnage connaît une fin qui n'avait rien d'une plaisanterie. Il s'éloigne sur une route déserte. Dans l'Émigrant en 1917, les passagers d’un bateau fraîchementarrivés sont parqués comme du bétail, alors même que la statue de la Liberté sedresse à proximité.
En 1918, Chaplin fait construire son propre studio sur La Brea Avenue, à Los Angeles. Il ne se contentait plus d'interpréter des rôles ; il façonnait désormais chaque aspect de la création de ses films.

En 1919, Chaplin cofonde United Artists avec Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D. W. Griffith. Ensemble, tous les quatre prennent davantage le contrôle de la distribution de leurs propres œuvres.
Cette même année, Chaplin connaît une perte personnelle profonde. Son premier fils, Norman Spencer Chaplin, né de son mariage avec sa première épouse, Mildred Harris meurt en juillet 1919, trois jours après sa naissance.
Peu après, il commence à travailler sur Le Kid, l’histoire d’un homme qui élève un enfant qui n’est pas le sien. Sorti en 1921, le film devient l’un des grands succès de la décennie.
La Ruée vers l’or suit en 1925. Durant sa production, Chaplin épouse sa deuxième femme, Lita Grey, avec laquelle il aura deux fils, Charles Jr et Sydney. Puis Le Cirque en 1928, dont la production difficile est elle-même éclipsée par le divorce très médiatisé du couple.
Chaplin écrit, réalise, produit et joue. Au cours des années 1930, la musique prend une place de plus en plus importante dans son langage créatif.



Le son fait son entrée au cinéma en 1927. Chaplin se montre très réticent à l’adopter, convaincu que l’expression non verbale est plus profonde et plus précise. Mais le public comme l’industrie du cinéma considèrent de plus en plus le parlant comme l’avenir du septième art.
Chaplin se retrouve ainsi partagé entre son attachement à la pantomime muette et les profondes transformations que connaît alors le cinéma.
Les Lumières de la ville sort en 1931 et s'inscrit dans la tradition du cinéma muet, avec une partition composée par Chaplin lui-même. Les Temps modernes suit en 1936, alors que le cinéma muet a presque disparu. Le film marque également la première des deux apparitions à l’écran de Paulette Goddard, alors compagne de Chaplin et, selon la plupart des sources, sa troisième épouse. Elle joue de nouveau à ses côtés quatre ans plus tard dans Le Dictateur.
Pour la première fois, dans Les Temps modernes, la voix de Chaplin se fait entendre dans l’un de ses films. Il chante avec des mots inventés, utilisant ingénieusement le son sans renoncer à l’universalité de Charlot.
Il avait attendu des années avant de parler. Lorsqu’il le fait enfin, il choisit des mots que personne n’a besoin de traduire.

Dans Le Dictateur, Chaplin interprète deux rôles : celui d’un barbier juif et celui du dictateur Adenoïd Hynkel.
C’est son premier film entièrement parlant. Il sort en octobre 1940, plus d’un an après le début de la Seconde Guerre mondiale. Comédie, satire et observation politique se rejoignent dans un film qui affronte directement la montée du totalitarisme.
Le film s’achève avec Chaplin s’adressant directement à la caméra. Il sort alors de son personnage pour parler au public de sa propre voix.
Les Feux de la rampe suit en 1952, puisant dans l’univers des music-halls londoniens de son enfance.



Chaplin vit aux États-Unis depuis près de quarante ans sans jamais devenir citoyen américain.
Dans le climat politique tendu de l’après-guerre, son indépendance, ses opinions et ses prises de position publiques font de plus en plus de lui une cible. En 1947, Monsieur Verdoux fait l’objet de protestations et de boycotts dans plusieurs villes américaines, sur fond d’hostilité croissante envers les positions politiques de Chaplin.
En septembre 1952, Chaplin quitte les États-Unis avec sa famille pour présenter Les Feux de la rampe à Londres. Pendant la traversée, son permis de retour est révoqué. Il apprend qu’il devra se soumettre avant d’être autorisé à rentrer aux États-Unis.
Il choisit de ne pas le faire.

En janvier 1953, Chaplin s’installe avec sa famille au Manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey. Cette demeure du XIXe siècle se trouve au cœur d’un domaine de quatorze hectares dominant le lac Léman et les Alpes.
Il a 63 ans. Il y passera les vingt-quatre dernières années de sa vie, plus longtemps qu’il n’aura vécu nulle part ailleurs.
Son épouse, Oona O’Neill, qu’il a épousée en 1943, est la fille du dramaturge Eugene O’Neill. Ensemble, Charlie et Oona élèvent leurs huit enfants et resteront unis jusqu’à la mort de Chaplin.
Au Manoir, vie familiale et vie créative se poursuivent côte à côte. N’étant plus à la tête d’un studio de cinéma, Chaplin se tourne davantage vers l’écriture : de nouveaux projets de films et, en 1964, son autobiographie. Il écrit et produit Un roi à New York en 1957, puis La Comtesse de Hong-Kong en 1967, son dernier film.
Il revient également aux films qui l’ont rendu célèbre, composant et enregistrant de nouvelles partitions pour ses œuvres muettes et continuant d’écrire jusque bien après ses quatre-vingts ans.
Le monde connaît Charlot. Ici, au Manoir, une autre part de la vie de Charles Chaplin prend forme : l’époux, le père, le compositeur, l’écrivain et l’homme entouré de sa famille.



En avril 1972, Chaplin retourne aux États-Unis pour la première fois depuis vingt ans afin de recevoir un Oscar d’honneur.
Ce retour marque un spectaculaire renversement. Le pays qu’il avait quitté en 1952 célèbre désormais sa contribution au cinéma.
Trois ans plus tard, en 1975, la reine Élisabeth II le fait chevalier pour sa contribution aux arts.

Charles Chaplin meurt au Manoir de Ban le 25 décembre 1977, à l’âge de 88 ans.
Oona reste au domaine jusqu’à sa propre mort en 1991.
Le lieu où Chaplin a passé les dernières décennies de sa vie est aujourd’hui ouvert
aux visiteurs.
Ses films sont toujours projetés, toujours espiègles, et continuent de déranger exactement là où Chaplin voulait qu’ils dérangent.
Né dans la pauvreté à Londres, Chaplin a passé sa vie à observer le monde du point de vue de ceux qui avaient le moins de pouvoir. Il a transformé ce regard en comédie, en mouvement et en cinéma.
Plus d’un siècle après la première apparition de Charlot à l’écran, les gestes ont toujours la même force. Le rire voyage encore. Et, au-dessus du Léman, le Manoir où Chaplin a vécu le dernier chapitre de sa vie reste un lieu à découvrir.
Alternative plus courte, si un format plus concis est nécessaire :
Chaplin’s World — là où l'émotion n'a pas besoin d'explication.

Horaires, tarifs, accès. L'expérience commence ici.
Les horaires varient selon les saisons. Chaplin’s World est généralement ouvert de 9h ou 10 h à 17h ou 18 h. Chaplin's World sera fermé le 1er janvier 2027 ainsi que du 11 au 22 janvier 2027 inclus pour sa fermeture annuelle.
Depuis la gare CFF de Vevey, prenez le bus 212 jusqu’à l’arrêt « Chaplin ». Le trajet dure environ 15 minutes.
Oui. Chaplin’s World se trouve à environ cinq minutes de la sortie de l’autoroute A9. Le parking coûte CHF 5 par jour sur présentation d’un billet d’entrée.
Deux bornes de recharge sont disponibles sur le parking n° 1. Pensez s’il vous plaît à apporter votre propre câble.
Le site est en grande partie accessible, avec des ascenseurs et des sols stabilisés. Un fauteuil roulant est disponible sur demande. Nous vous invitons à nous contacter en amont afin de vérifier sa disponibilité. Certaines zones du parking en gravier présentent des pentes supérieures à 10 %. Les tarifs réduits sont de CHF 25 pour les adultes et CHF 17 pour les enfants en situation de handicap.
Les billets peuvent être réservés en ligne ou achetés directement aux caisses. Il n’est pas possible de réserver par téléphone.
Oui. Une connexion Wi-Fi gratuite est disponible à la boutique ainsi qu’à l’entrée du Manoir.
Non. Les pique-niques ne sont pas autorisés dans le parc ni sur les terrasses du café The Tramp. Des tables de pique-nique sont disponibles à l’orée de la forêt, à proximité du Parking n° 3.
Les moyens de paiement suivants sont acceptés : espèces en francs suisses (pièces et billets) ; billets en euros (rendu de monnaie en francs suisses au taux de change du jour) ; cartes de crédit et de débit, à savoir Mastercard, Visa, American Express, Diners Club, JCB, UnionPay, PostFinance Card et Maestro ; ainsi que TWINT. Les chèques et autres devises ne sont pas acceptés.
